Assemblée Nationale

37.2 le matin, 49.3 le midi…

Je me souviens encore de l’espoir qui m’avait nourri quand, encore en Mayenne, j’avais glissé mon bulletin dans l’urne aux dernières présidentielle. Peut-être enfin, dans un effort collectif, pouvoir tourner la dernière page d’un long chapitre politique de cinq ans. Un chapitre que j’avais très mal abordé.

Je me souviens ne pas avoir su retenir une larme au matin du lundi qui suivait l’arrivée de l’UMP à l’Élysée. Un peu comme un lendemain de fête où on aurait un peu trop abusé et que le retour à la réalité sonne comme un bad trip. Avec en plus la certitude que le bad trip n’en était qu’à son début, que bientôt un very bad trip toucherait nombre de mes concitoyens que j’ai pourtant tenter de défendre avec l’arme démocratique absolue, du moins ce que je pensais être l’arme absolue : mon bulletin de vote.

S’en est suivi la politique qu’on a connue : celle qui divise la population, celle qui creuse les écarts, celle qui ébrèche les institutions et leurs représentants, celle qui fait perdre les repères, celle qui profite uniquement à une élite (affaire Woerth-Bettencourt, affaire Kadhafi, affaire Tapie, affaire des sondages de l’Élysée, affaire Bygmalion, affaire Azibert), celle qui fait disparaître la confiance : la confiance en la politique, la confiance en l’État, la confiance en la démocratie.

Comme souvent dans les bons romans, chaque fin de chapitre tient en haleine et donne envie de lire la suite. Cette fin de chapitre, si elle devait être résumée en deux mots, ce serait « Moi, président ». Après avoir touché le fond, on n’aspire qu’à une chose : remonter à la surface et inspirer à pleins poumons un air neuf jusqu’à s’en brûler les bronches. C’est cet espoir là que j’ai voté les 21 avril et 5 mai 2012 après que la marche ait été manquée en 2007. Je souhaitais un retour d’une politique sociale où l’humain se retrouverait au centre de la démocratie, main dans la main avec les intérêts du pays. Un peu plus de 1000 jours plus tard, le constat est amer. Sur 520 promesses, seules 106 ont été tenues, 149 si on compte celles partiellement tenues. À peine 30% à plus de 55% du temps de mandat.

La dernière opération en date est l’adoption aux forceps de la loi Macron, autrement baptisée « loi sur la croissance et le pouvoir d’achat » à ses débuts avant de devenir loi « pour la croissance et l’activité ». Un texte fourre-tout qui mêle tout à la fois et défend avant tout l’économie et les entreprises. Pouvions-nous espérer autre chose d’un ministre ancien banquier d’affaire dont la vision est nécessairement subjective du fait de son expérience et de son vécu ? On pourrait peut-être même parler de ses objectifs de carrière. Ministre est un métier qui ne dure jamais bien longtemps, il faut préparer l’avenir.

Toujours est-il que les propositions divisent. L’ouverture de magasins un quart des dimanches de l’année. Rassurons-nous, c’est sur la base du volontariat. Volontariat sur lequel l’entreprise n’a aucun pouvoir : ni l’aménagement des horaires, ni les augmentations de salaire, ni les primes. Sans compter les CDD qui pourraient bien ne jamais devenir des CDI. « Monique, on a aménagé des horaires : désormais tu ne travailles que du lundi au samedi, de 6 à 9 puis de 15 à 18, sauf samedi de 11 à 16 et bien entendu tu gardes tes dimanches ». La libération des transports en autocar. De quoi relancer le tourisme. Sauf pour Monique qui bosse comme un tarée mais, même si elle avait du temps, ne gagne de toutes les façons pas assez pour pouvoir s’offrir un séjour même avec un transport en car. Les règles de licenciement. Puisque Monique est en CDI, si toutefois un plan de sauvegarde de l’emploi (doux euphémisme quand il s’agit de licencier), son employeur pourra fixer unilatéralement les critères d’ordre des licenciements, éventuellement au niveau de l’établissement où elle travaille puisque ces critères peuvent être fixés à un niveau inférieur à l’entreprise. Après tout, Monique l’avait bien cherché. Le conseil des Prud’hommes. Heureusement pour Monique, elle pourra se retourner contre son employeur plus rapidement, puisque davantage d’affaires pourront être traitées par une formation réduite à un conseiller salarié et un conseiller patronal. Pour l’objectivité, on repassera. L’Épargne salariale. Que Monique se console, elle disposera surement d’un Livret E, à un taux un peu au-delà du taux du Livret A. Après-tout, 1,10 % c’est déjà bien, non ?

Pas grave que ce texte divise, le gouvernement, droit dans ses bottes et en s’appuyant sur l’article 49, alinéa 3, souhaite faire passer de force un texte destiné à défendre les intérêts économiques du pays, sans certitude que ces mesures fonctionnent, sans égard pour les citoyens qui eux seront les grands perdants. De quoi je parlais plus haut ? De la confiance en la politique, de la confiance en l’État, de la confiance en la démocratie. Là où on avait un semblant de démocratie, l’essentiel c’est de vendre du rêve, cette fois on la foule ouvertement du pied. Ce qui ne change fondamentalement pas grand chose au final.

Il ne faut pas se leurrer. Si aujourd’hui l’économie Française est en berne, c’est parce qu’il y a des inégalités plus profondes et que l’économie se joue ailleurs, dans d’autres pays. Et pas besoin d’aller de l’autre côté du globe. Ça se passe près de chez nous, en Europe. La raison en est simple : une monnaie unique, des règles qui diffèrent d’un État membre à l’autre : fiscalité des particuliers et des entreprises, conditions de travail, rémunérations… Et à qui profite ces différences ? Le marché, encore lui, qui impose aux hommes son rythme quand c’est l’inverse qui devrait avoir lieu.

Ceci me fait déjà me poser des questions pour la prochaine grande échéance du pays en 2017 : que vais-je voter ? Plus encore, est-ce que je serai en mesure de voter ? J’en ai assez de voter pour le moins pire, j’en ai assez de voter pour des hommes qui ne tiennent pas leurs paroles publiques, davantage leurs paroles privées entre copains. Je n’aspire plus qu’à une chose, une alternative, quelque chose de neuf, de révolutionnaire.

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