©Beth Jusino

Comprendre l’antisémitisme

Une lecture à mettre entre les mains de tous ceux qui veulent comprendre et, surtout, ne pas oublier pour ne pas répéter les mêmes erreurs de l’histoire.

Comprendre l’indicible, prendre le temps de jauger sa propre humanité, savoir comment se construit l’innommable et espérer, au bout du compte, être mieux armé pour éviter que l’Histoire ne se répète.

Il y a 20 ans, je profitais du cadre universitaire pour tenter de répondre à cette question lancinante : comment la Shoah avait-elle pu devenir possible ? Par quelle mécanique incroyable des millions de gens avaient-ils été convaincus de la nécessité de participer à l’industrialisation de la mise à mort de plusieurs autres millions de leurs congénères ?

Ce travail n’a pas changé le cours de l’histoire, il m’a juste donné des outils pour comprendre le monde dans lequel je dois vivre, un monde que je pensais débarrassé de la tentation antisémite par l’énormité du crime perpétré.

Et pourtant, ils sont toujours là, les apôtres de la haine, toujours actifs, toujours féconds et inventifs. Aujourd’hui, ils tissent leur toile gluante sur Internet et pondent directement des contrevérités et des approximations dans la tête d’un public de plus en plus nombreux

Je pense qu’ils ne sont jamais partis. Ils se sont juste adaptés à l’air du temps. Ils exploitent les conflits du Moyen-Orient pour semer la confusion dans les esprits, ils avancent masqués, par allusions pas toujours très subtiles. Ils recyclent les thèmes de leurs ennemis de toujours — la gauche de combat — détournent les discours altermondialistes, anti-système et même écologistes, ils s’inscrivent dans la lutte des classes, sauf qu’ils font des Juifs la seule classe dominante à abattre.
Comme d’habitude.

Alors, du coup, j’ai ressorti mon travail de l’oubli, parce qu’il faut nécessairement se coltiner les fondements historiques, les lignes politiques et les concepts intellectuels pour poursuivre la lutte jamais achevée contre la banalisation du mal.

Agnès Maillard

Le Monolecte – Comprendre l’antisémitisme

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Candidats Front National

L’espérance bleu marine !

Oh ! Les jolis candidats. La campagne pour les départementales bat son plein et avec elle les tracts de propagande inondent nos boites-aux-lettres, dont la mienne. Dans le sens de la lecture, j’ai au menu : le Front de Gauche, le PS/Divers Gauche, l’Union de Droite et du Centre et le Front National.

Tous ces tracts ont une chose commune : des candidats locaux, hommes et femmes, et leurs suppléants. Pour tous une déclaration d’intention. Pour tous un CV. Tous, sauf pour le Front National dont le tract ne mentionne que les noms des candidats – sans suppléants – au dessus de leurs portraits détourés grossièrement sur un fond bleu uni. Tous, sauf pour le Front National dont le tract est un message standardisé avec l’effigie de la présidente du parti, Marine Le Pen, en personne.

Où comment placer des marionnettes dans les départements, ces deux candidats et leurs deux suppléants (qu’on découvre en cherchant autrement que sur les documents officiels), étant de simples militants. Je crois me souvenir qu’il n’est jamais bon de mettre tout le pouvoir dans les mains d’une unique personne. En particulier quand on est en République. C’est pourtant ce que des électeurs s’apprêtent à faire ce weekend.

Je reviendrais dans la semaine sur le verso de ce tract dont les arguments sont pour le moins discutables.

Candidats Front National
Candidats Front National

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FireShot Capture - Site bloqué - http___islamic-news.info_

Moi, censuré par la France pour mes opinions politiques

La France a décidé de mettre en place un système de blocage administratif des sites internet faisant l’apologie du terrorisme. Sur le fond, pas de soucis ; l’apologie du terrorisme est formellement interdit par la loi, à tous niveaux et pas seulement sur Internet, pour des raisons évidentes. En revanche, sur la forme, c’est parfaitement discutable. Le motif en est simple : il y a en France une disposition simple qui est la séparation des pouvoirs. En la matière, il y a d’un côté le législateur qui écrit les lois, de l’autre des juges qui font appliquer les lois. Et entre les deux, un murs parfaitement hermétique pour éviter les abus. Autrement dit, pour éviter les dérives qui mènent à de l’injustice. C’est justement là que nous arrivons aujourd’hui

Pour celles et ceux qui ont suivi l’actualité de ces derniers jours, vous aurez certainement entendu le blocage administratif ordonné par le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve qui visent cinq sites. Parmi ceux-ci, islamic-news.info. Pour avoir été faire un tour sur archive.org, je n’ai rien noté de choquant. Et en particulier aucune apologie du terrorisme.

Aujourd’hui, je découvre une lettre ouverte de l’auteur du site, un homme seul dans cette aventure, repris par Numérama et que je reprends à mon tour dans son intégralité. Une lettre qui en dit long sur le risque de ne pas garder cette barrière entre les pouvoirs, nécessaire à la défense de nos libertés fondamentales dans notre beau pays.

Quelle réponse donner au blocage administratif décidé par le gouvernement français ? Dois-je me lancer dans une diatribe stérile contre cet Etat qui se veut le défenseur de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit d’insulter le christianisme et l’islam mais place les verrous lorsqu’il s’agit de s’opposer à sa politique extérieure ? Le choix a été vite fait : je laisse tomber un combat perdu d’avance tout en contestant fermement les accusations. Mais je n’abandonne pas pour autant mon esprit critique.

Pour que mon message soit le plus clair possible, je vais l’articuler en plusieurs points. D’abord lever le voile sur islamic-news.info, ensuite expliquer en quoi la censure est politique.

Le projet Islamic-News

Le site islamic-news.info a été fondé en mai 2013. Je l’ai créé quelques mois après ma sortie de l’université, mon diplôme de droit international public, diplomatique et consulaire en poche. Si j’utilise la première personne pour écrire, ce n’est pas pour rien. Islamic-News.info repose depuis le tout début sur une seule personne. J’ai écrit moi-même la totalité des articles, du premier jusqu’au dernier. Je suis donc le seul responsable et le seul à qui parler pour évoquer islamic-news.info. Aucun groupe, aucune organisation, aucun mouvement n’est derrière le site. Cette précision a toute son importance car elle démontre le mensonge de Bernard Cazeneuve.

En effet, dans un article de FranceTVinfo, Bernard Cazeneuse revenait sur les censures mises en place et déclarait :  « Les cinq premiers sites (dont Islamic-news.info – c’est moi qui cite) sont tous animés par des groupes répertoriés par les services de renseignement et font tous l’apologie du terrorisme. »

Et non monsieur Cazeneuve, aucun groupe n’animait le site islamic-news.info. Aucun groupe ni organisation proche de l’Etat islamique ou d’Al-Qaïda ne l’animait, ni ne le finançait. Le site était dirigé par un seul homme, qui vit en Europe et qui est inscrit légalement sur les registres d’OVH et qui paie avec son propre compte en banque le serveur qu’il loue auprès du numéro 1 français. Aucun cryptage de données n’est utilisé, aucune combine, absolument rien, tout est transparent car il n y a rien à cacher. Je n’avais besoin que de 50 euros par mois pour faire tourner le site et lui donner une allure professionnelle, avec un certain succès d’ailleurs. Des journalistes professionnels m’ont même contacté pour me proposer des articles. Un photojournaliste palestinien de Gaza m’avait offert ses services lors de l’offensive israélienne sur la bande de Gaza, durant l’été 2014. Le nouvel Observateur a cité l’un de mes articles comme source dans la rédaction de l’un de ses billets sur la Syrie. Wikipedia a indexé plusieurs de mes articles comme « références sérieuses ». Bref, pendant près de 2 années, il n y a avait rien à redire. Personne ne trouvait le moindre argument pour démontrer notre illégalité. En 2 ans, j’ai attiré près d’un million de visiteurs uniques. Aucun n’a jamais trouvé élément à contester.

La pertinence des accusations de l’Etat français :

1. Site qui provoque au terrorisme :

Dois-je rire ou pleurer ! Imaginez-vous deux secondes. Un site internet créé en Europe, hébergé en Europe, financé en utilisant mes coordonnées bancaires officielles, avec ma carte d’identité à disposition de l’hébergeur, bref un site totalement transparent qui inciterait ou provoquerait à des actes de terrorisme. Je ne suis pas spécialiste du droit français, mais je sais ce qu’est la provocation au terrorisme, même s’il est difficile de déterminer les limites juridiques du concept. L’incitation ou la provocation au terrorisme n’a aucun sens pour moi, aucun intérêt. Je suis convaincu que mille mots sont plus efficaces que tout acte de violence. C’est ma conviction personnelle. Je n’ai pas étudié 5 années dans l’une des meilleures universitaires européennes pour en sortir « radicalisé » et « assoiffé de sang ». La meilleure manière de prouver cela est de citer un article que j’ai écrit début 2014. J’avais vivement dénoncé les propos d’un combattant en Syrie qui encourageait à commettre des attentats en Europe. J’avais souligné le danger de ce genre de message et ses conséquences néfastes sur la population musulmane en Europe, qui n’a vraiment pas besoin de ça en ces moments. Et cet article je l’ai écrit par conviction personnelle. Bref, appeler les lecteurs à commettre des attentats est impensable, cela dépasse tout bon sens.

2. Le site fait l’apologie du terrorisme :

L’apologie du terrorisme c’est d’abord et avant tout la volonté de montrer « sous un jour favorable » des actes de terrorisme, de les présenter comme « légitimes », voire « nécessaires ». En résumé, c’est défendre les actes de terrorisme commis et se féliciter de leur survenance. Rien, absolument rien, dans ce que j’ai écrit ne fait passer les actes terroristes sous un jour favorable ni ne les légitime. Et puis de quels actes de terrorisme parle-t-on ? Je n’ai pas écrit un mot sur la tuerie de Charlie Hebdo, pas un mot sur les décapitations de l’Etat islamique, pas un mot sur le jordanien brûlé vivant, pas un mot sur les soldats alaouites et chiites massacrés. Bref, j’ai sciemment évité les sujets polémiques qui pourraient être mal interprétés.

En outre, et contrairement à ce qu’avance le ministre de l’intérieur, je n’ai jamais diffusé la moindre vidéo de l’Etat islamique sur mon site. Je ne suis pas idiot. Si je publiai leurs vidéos officielles, je me ferai complice de sa diffusion. Serais-je inconscient à ce point ? Je sais distinguer le légal de l’illégal et je sais où s’arrête la liberté d’expression.

J’aimerai également attirer votre attention sur l’un des articles les plus influents que j’ai écrit. J’avais abordé la question des jeunes européens qui s’engageaient en Syrie pour mener le djihad. J’avais fait un appel public pour qu’ils n’aillent pas se faire tuer pour rien en Syrie dans une guerre qu’ils ne comprennent pas. Mais je ne leur ai pas conseillé d’oublier la Syrie. Au contraire, je leur ai rappelé que 10 millions de réfugiés syriens crèvent de faim et qu’ils feraient mieux d’aider ces réfugiés en récoltant des dons, par exemple, car ce sont eux qui ont le plus besoin de leur aide et non pas les militants de l’Etat islamique. Je crois fermement que les jeunes européens n’ont pas à s’engager militairement en Syrie. Je l’ai écrit, non pas pour faire plaisir aux autorités, mais simplement parce que c’est ma conviction profonde.

Mais alors sur quoi le gouvernement français a-t-il fondé son blocage ? Je pense que la raison est politique. Ma position peut choquer à partir du moment où je vise davantage les opposants de l’Etat islamique plutôt que lui-même. Le fait que je ne critique pas ce groupe constitue pour certain un indice de soutien. Mais cela reste une supposition. D’abord parce que l’Etat islamique n’a certainement pas besoin de moi pour leur propagande. Qu’il se débrouille tout seul, je ne suis pas prêt à me sacrifier pour lui. Et puis je considère que le principal danger en Syrie et en Irak ce n’est pas cette organisation mais c’est l’ingérence iranienne chiite qui profite du chaos pour répandre son influence. Les dirigeants occidentaux sont complices de cette ingérence mais elle les arrange volontiers puisque les Iraniens sont les seuls à accepter d’envoyer des soldats affronter au sol les hommes de l’EI. Que l’on se comprenne bien. L’Etat islamique constitue une menace certaine pour l’occident mais, selon moi, elle n’est rien comparée à l’Iran. En ressort de mes articles une charge sévère contre les chiites iraniens, contre les Kurdes, mais également contre la coalition occidentale en Syrie et en Irak. Autrement dit, je suis davantage « anti » que « pro ». Pour l’Etat français, « les ennemis de mes amis sont mes ennemis », visiblement.

Le journaliste David Thompson m’accuse d’être favorable aux djihadistes qui combattent en Syrie et en Irak. En fait, ma position de départ est simple : je suis radicalement opposé à Bachar al-Assad. Et comme dit plus haut, je suis davantage « anti » que « pro ». Mon opposition viscérale anti-Bachar laisse entendre un soutien à ses opposants, ce qui n’est pas nécessairement vrai. Je m’attaque uniquement à Bachar, et non pas à ses opposants.

Je pense donc que j’ai payé mon engagement politique à la fois contre l’interventionnisme militaire arabo-occidental et chiite dans la région et contre les groupes armés soutenus par les acteurs précités. Ce qui a fait dire au Monde que je suis contre la « propagande chiito-occidentale ». Absolument, je me décris comme un opposant de la propagande chiito-occidentale et il me semble que cela est mon droit de l’être, quitte à ulcérer certains. Être contre cette propagande n’est pas illégal. C’est même la règle du jeu. Cela ne signifie pas non plus un anti-occidentalisme primaire. Les va-t’en guerre aux commandes des Etats occidentaux ne représentent pas l’occident dans sa globalité.

Je suis parfaitement conscients que mes articles ont pu déranger voire même choquer mais il y a une exagération dans ce blocage. Savez-vous qu’il existe des sites qui diffusent du contenu de l’Etat islamique et qui sont toujours libre d’accès en France ? On dira qu’ils sont maintenus ouverts pour les surveiller. Mais je pense que cela cache surtout une autre réalité : l’Etat français ne peut pas s’attaquer aux gros sites par un simple blocage administratif. Il sera pointé du doigt par tout le monde et sera attaqué en justice par les hébergeurs. Mais en revanche bloquer un petit site comme le mien, il l’a fait directement car il savait pertinemment que personne ne s’en rendra vraiment compte et que je n’aurai pas les moyens de leur tenir tête. De plus, personne ne s’indignera. Il a eu raison.

Comme dit en préambule, islamic-news.info c’est fini. Le mal est déjà fait. L’étiquette du « terrorisme » a été déposée et personne ne pourra l’enlever même pas la décision d’un juge. La page Facebook a été supprimée sans aucune raison. Mon compte Facebook personnel est vide, je n’ai jamais rien publié et pourtant il a été supprimé. J’ai fait un appel auprès de Facebook. J’attends leur réponse.

Pour finir, un aspect technique. Le site n’est pas supprimé. Le serveur est simplement down car je n’ai pas réglé à temps la facture. Aussi simple que cela.

 

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PARLEZ-MOI-DE-VOUS_CARTON

Parlez-moi de vous…

À cette demande de Tambour Major, je me suis rappelé de ce film que j’avais beaucoup aimé.  Je me suis dit aussi que de répondre à cette demande, sans détour, pourrait aussi être amusant. Je me lance et je vous laisse en faire autant, en commentaire ici ou bien sur un billet de blog ou de réseau social autre part.

1/ Aimeriez-vous être votre femme / votre mari ?

Être mon époux voudrait dire ne plus être moi, mais être lui. Ce serait détruire la belle relation que nous avons entamée il y a bientôt 6 ans. Il en est hors de question.

2/ Qui auriez-vous préféré ne jamais rencontrer ?

Un mec que j’ai croisé alors que je faisais de la radio il y a un vingtaine d’année. Un mec aux allures sympathiques, qui m’a séduit pour mieux me passer au rouleau-compresseur. Ou comment rencontrer pour la première et dernière fois un pervers narcissique.

3/ Aimeriez-vous posséder la mémoire absolue ?

L’Homme n’est pas parfait. Il faut savoir parfois pardonner, parfois oublier. Ce qui est incompatible avec la mémoire absolue.

4/ Quel mort aimeriez-vous revoir ?

Mes deux grands-pères que j’ai finalement assez peu connus, voire trop peu pour l’un d’eux. J’étais trop jeune et con quand ils sont partis, ils auraient sans doute pu m’apprendre.

5/ Auriez-vous préféré appartenir à une autre nation (culture) et laquelle ?

Je pense que j’aurais pu apprécier appartenir au continent Africain. Une vie, reclus au fond d’une tribu perdue d’Afrique, m’aurait sans doute plu.

6/ Quel âge aimeriez-vous atteindre ?

Au moins 100 ans, pour voir ce que le Monde sera devenu et pouvoir répondre des choix et des actes de ceux de ma génération qui l’auront immanquablement abîmé.

7/ S’il vous arrive de vous imaginer n’être pas né, cette idée vous trouble-t-elle ?

Non, pas du tout. Pas né, je n’aurais tout simplement pas à me poser cette question. Ce n’est pas comme s’il s’agissait de disparaître, juste de n’avoir jamais existé. D’autres auraient alors pris ma place, naturellement.

8/ Quand vous pensez à des personnes décédées : souhaiteriez-vous que telle personne vous parle ou préféreriez-vous lui dire encore quelque chose ?

Non, je laisse les morts là où ils sont. J’ai rarement de regrets, encore moins de remords. Ce qui n’a pas été fait, ce qui n’a pas été dit, doit rester ainsi. Et si je ne me suis pas réveillé plus tôt, à moi d’en assumer les conséquences.

9/ Aimez-vous quelqu’un ?

Oui, bien entendu. Plusieurs personnes, même.

10/ Et qu’est-ce qui vous amène à cette conclusion ?

La pensée que de ne plus pouvoir partager du temps, des mots, des idées avec des personnes intimes me serait extrêmement douloureux. L’enfer, c’est les autres, mais sans les autres, l’Homme ne pourrait pas être un être social et ne serait jamais arrivé là où il en est.

11/ A supposer que vous n’ayez jamais tué personne: comment expliquez-vous que vous n’en soyez jamais arrivé là ?

Parce que personne n’est parfait et que, même en commettant le pire, personne, absolument personne, ne mérite qu’un autre lui ôte volontairement la vie. On ne peut pas répondre à la cruauté par la barbarie, ça ne fonctionne pas.

12/ Quel espoir avez-vous abandonné ?

Aucun, j’ai besoin de vivre.

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Fibre et prise RJ45

Neutralité du net, mon œil !

C’est une victoire historique. Enfin, c’est ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux après que la Federal Communications Commission (FCC), l’équivalent de l’ARCEP, gendarme des télécoms en France, ait voté par 3 voix contre 2 la neutralité du net. En clair, il s’agit outre-atlantique d’affranchir Internet de son statut de service commercial et d’en faire un service de première nécessité comme l’eau, et l’électricité. Avec toutes les contraintes que cela suppose et en particulier l’obligation de non discrimination des flux. En d’autres mots, l’interdiction de rendre tel ou tel service prioritaire sur la connexion internet d’un utilisateur. Et par voie de conséquence l’interdiction aux opérateurs de faire payer aux éditeurs de sites et aux fournisseurs de contenus des accès prioritaires sur leurs réseaux. Super ! Du moins, sur le papier.

En effet, même si la démarche est louable (et j’abonde personnellement en ce sens), rien ne dit que dans les faits ça se passera ainsi entre opérateurs et fournisseurs de contenus. Tout d’abord parce que techniquement, entre ces deux types d’acteurs il y a ce qu’on appelle des interconnexions. En gros, des tuyaux de chaque côté qui permettent de faire circuler les données d’un réseau à un autre. Plus il y a de données à faire transiter, plus les tuyaux doivent être gros. Seulement, ces tuyaux, chacun les finance de son côté : les fournisseurs de contenus investissent dans les leurs d’un côté, les opérateurs dans les leurs de l’autre. Il faut donc que les tuyaux soient de la bonne taille de chaque côté, sinon on a un goulet d’étranglement. Ce qu’on a connu un temps chez les abonnés Freebox avec Youtube où les interconnexions étaient saturées le soir.

C’est là que ça se devient délicieux : s’agissant d’équipements sur des réseaux privés, physiquement parlant, chaque opérateur est libre de dimensionner ses interconnexions comme il l’entend. Un merveilleux levier pour faire pression sur les fournisseurs de contenus. Rien ne dit, par exemple, qu’un opérateur comme Orange ne serait pas tenté de surdimensionner les interconnexions ou proposer des infrastructures en cœur de réseau à des tarifs préférentiels à Dailymotion pour mieux distancer Youtube. Rien ne dit, par exemple, qu’un opérateur comme Numéricâble-SFR ne serait pas tenter de pousser à la négociation d’achat d’espace par Microsoft auprès de la régie publicitaire Mag&NewsCo en contrepartie d’un investissement par l’opérateur dans les interconnexions pour Outlook ou Skype. Rien ne dit, par exemple, qu’un opérateur comme Iliad/Free ne serait pas tenter de profiter de la façon dont structuré son réseau Freebox (réseau privé pour la téléphonie, la TV et les services intégrés d’un côté, réseau public pour Internet de l’autre) de mieux dimensionner les interconnexions privées avec Canal+ Groupe dans le but de fournir un meilleur service sur ses services de VOD et de télévision de rattrapage intégrés à sa box tout en ne touchant pas les mêmes services accessibles par Internet. Et ce ne sont que quelques exemples de ce qu’on peut faire en France où des obligations de neutralité peuvent facilement être contournés sans toucher un seul instant aux dites neutralités.

Autrement dit passer par des fenêtres sur mesure plutôt que de passer par des portes standardisées. Et je ne pense par que sur point, la Quadrature du Net me contredise. Je pense qu’il faut désormais penser autrement : le temps où les consommateurs achetaient de l’Internet auprès de leurs opérateurs est dépassé. Aujourd’hui, les consommateurs achètent des services numériques auprès de leurs opérateurs, lesquels ne sont pas de l’Internet. On peut donc garantir une certaine forme de neutralité d’Internet, il n’y aura jamais de neutralité dans la fourniture de services, et encore plus pour les services à valeur ajoutée. Ne l’oublions pas : les fournisseurs d’accès à Internet ne sont plus que cela et c’est justement sur le « plus que cela » qu’il est possible aux opérateurs d’augmenter leurs revenus moyens par utilisateurs, autrement mieux connu comme ARPU : Average Revenue Per User.

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Assemblée Nationale

37.2 le matin, 49.3 le midi…

Je me souviens encore de l’espoir qui m’avait nourri quand, encore en Mayenne, j’avais glissé mon bulletin dans l’urne aux dernières présidentielle. Peut-être enfin, dans un effort collectif, pouvoir tourner la dernière page d’un long chapitre politique de cinq ans. Un chapitre que j’avais très mal abordé.

Je me souviens ne pas avoir su retenir une larme au matin du lundi qui suivait l’arrivée de l’UMP à l’Élysée. Un peu comme un lendemain de fête où on aurait un peu trop abusé et que le retour à la réalité sonne comme un bad trip. Avec en plus la certitude que le bad trip n’en était qu’à son début, que bientôt un very bad trip toucherait nombre de mes concitoyens que j’ai pourtant tenter de défendre avec l’arme démocratique absolue, du moins ce que je pensais être l’arme absolue : mon bulletin de vote.

S’en est suivi la politique qu’on a connue : celle qui divise la population, celle qui creuse les écarts, celle qui ébrèche les institutions et leurs représentants, celle qui fait perdre les repères, celle qui profite uniquement à une élite (affaire Woerth-Bettencourt, affaire Kadhafi, affaire Tapie, affaire des sondages de l’Élysée, affaire Bygmalion, affaire Azibert), celle qui fait disparaître la confiance : la confiance en la politique, la confiance en l’État, la confiance en la démocratie.

Comme souvent dans les bons romans, chaque fin de chapitre tient en haleine et donne envie de lire la suite. Cette fin de chapitre, si elle devait être résumée en deux mots, ce serait « Moi, président ». Après avoir touché le fond, on n’aspire qu’à une chose : remonter à la surface et inspirer à pleins poumons un air neuf jusqu’à s’en brûler les bronches. C’est cet espoir là que j’ai voté les 21 avril et 5 mai 2012 après que la marche ait été manquée en 2007. Je souhaitais un retour d’une politique sociale où l’humain se retrouverait au centre de la démocratie, main dans la main avec les intérêts du pays. Un peu plus de 1000 jours plus tard, le constat est amer. Sur 520 promesses, seules 106 ont été tenues, 149 si on compte celles partiellement tenues. À peine 30% à plus de 55% du temps de mandat.

La dernière opération en date est l’adoption aux forceps de la loi Macron, autrement baptisée « loi sur la croissance et le pouvoir d’achat » à ses débuts avant de devenir loi « pour la croissance et l’activité ». Un texte fourre-tout qui mêle tout à la fois et défend avant tout l’économie et les entreprises. Pouvions-nous espérer autre chose d’un ministre ancien banquier d’affaire dont la vision est nécessairement subjective du fait de son expérience et de son vécu ? On pourrait peut-être même parler de ses objectifs de carrière. Ministre est un métier qui ne dure jamais bien longtemps, il faut préparer l’avenir.

Toujours est-il que les propositions divisent. L’ouverture de magasins un quart des dimanches de l’année. Rassurons-nous, c’est sur la base du volontariat. Volontariat sur lequel l’entreprise n’a aucun pouvoir : ni l’aménagement des horaires, ni les augmentations de salaire, ni les primes. Sans compter les CDD qui pourraient bien ne jamais devenir des CDI. « Monique, on a aménagé des horaires : désormais tu ne travailles que du lundi au samedi, de 6 à 9 puis de 15 à 18, sauf samedi de 11 à 16 et bien entendu tu gardes tes dimanches ». La libération des transports en autocar. De quoi relancer le tourisme. Sauf pour Monique qui bosse comme un tarée mais, même si elle avait du temps, ne gagne de toutes les façons pas assez pour pouvoir s’offrir un séjour même avec un transport en car. Les règles de licenciement. Puisque Monique est en CDI, si toutefois un plan de sauvegarde de l’emploi (doux euphémisme quand il s’agit de licencier), son employeur pourra fixer unilatéralement les critères d’ordre des licenciements, éventuellement au niveau de l’établissement où elle travaille puisque ces critères peuvent être fixés à un niveau inférieur à l’entreprise. Après tout, Monique l’avait bien cherché. Le conseil des Prud’hommes. Heureusement pour Monique, elle pourra se retourner contre son employeur plus rapidement, puisque davantage d’affaires pourront être traitées par une formation réduite à un conseiller salarié et un conseiller patronal. Pour l’objectivité, on repassera. L’Épargne salariale. Que Monique se console, elle disposera surement d’un Livret E, à un taux un peu au-delà du taux du Livret A. Après-tout, 1,10 % c’est déjà bien, non ?

Pas grave que ce texte divise, le gouvernement, droit dans ses bottes et en s’appuyant sur l’article 49, alinéa 3, souhaite faire passer de force un texte destiné à défendre les intérêts économiques du pays, sans certitude que ces mesures fonctionnent, sans égard pour les citoyens qui eux seront les grands perdants. De quoi je parlais plus haut ? De la confiance en la politique, de la confiance en l’État, de la confiance en la démocratie. Là où on avait un semblant de démocratie, l’essentiel c’est de vendre du rêve, cette fois on la foule ouvertement du pied. Ce qui ne change fondamentalement pas grand chose au final.

Il ne faut pas se leurrer. Si aujourd’hui l’économie Française est en berne, c’est parce qu’il y a des inégalités plus profondes et que l’économie se joue ailleurs, dans d’autres pays. Et pas besoin d’aller de l’autre côté du globe. Ça se passe près de chez nous, en Europe. La raison en est simple : une monnaie unique, des règles qui diffèrent d’un État membre à l’autre : fiscalité des particuliers et des entreprises, conditions de travail, rémunérations… Et à qui profite ces différences ? Le marché, encore lui, qui impose aux hommes son rythme quand c’est l’inverse qui devrait avoir lieu.

Ceci me fait déjà me poser des questions pour la prochaine grande échéance du pays en 2017 : que vais-je voter ? Plus encore, est-ce que je serai en mesure de voter ? J’en ai assez de voter pour le moins pire, j’en ai assez de voter pour des hommes qui ne tiennent pas leurs paroles publiques, davantage leurs paroles privées entre copains. Je n’aspire plus qu’à une chose, une alternative, quelque chose de neuf, de révolutionnaire.

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(c) AFP PHOTO/MOHAMMED AL-SHAIKH

L’Islam sans extrémistes

Au hasard d’un tweet, j’ai croisé le Dr. Safdar DushanTappeh, auteur de Simple Islam. Et plus particulièrement un de ses textes publié en août 2014, bien avant le mouvement historique de janvier 2015 qui a donné un rendez-vous universel à tous les peuples du monde. Il y est question de d’Islam, d’érudits, d’Hadith, de Coran. Un texte court qui met en relief le détournement de la religion islamique par une frange minoritaire de Musulmans. Un texte qui n’est pas sans rappeler aussi des similitudes avec d’autres religions, Catholicisme en tête, historiquement lié à la France. La traduction française qui en était faite n’était pas de très bonne qualité, j’en ai proposée une alternative à l’auteur que je reproduis ici. En espérant contribuer bien modestement à redresser la vision biaisée que certains de mes concitoyens ont des musulmans et mettre un terme à l’amalgame entre une religion de paix et l’expression de son exact contraire sous la forme du terrorisme.

L’Islam sans Extrémistes

De temps à autres, l’actualité se fait écho de groupes radicaux, de Musulmans extrémistes qui massacrent des personnes et commettent les crimes les plus inimaginables au nom de l’Islam. L’État islamique est un exemple récent. Si vous demandiez à ces personnes les raisons pour lesquelles ils commettent de tels actes odieux et les considèrent pourtant comme des commandements de Dieu, ils vous répondraient qu’ils font confiance à un érudit musulman et qu’ils reçoivent les commandements de Dieu à travers lui. Sur la base de cette confiance, ils considèrent les commandements de l’érudit équivalent aux commandements de Dieu et suivent aveuglément les instructions de l’érudit afin de rendre Dieu heureux. Toutefois, cette méthode ne s’apparente-elle pas trop à de l’idolâtrie, l’exact opposé du message principal de l’Islam qui est de ne croire en personne sinon Dieu ? Comment cela a-t-il pu arriver ? Comment ce précepte avec un message on ne peut plus clair a-t-il débouché à son exact opposé ?

Dans l’article « Croyance vs. Confiance », nous avons montré que, comme dans toutes les religions modernes et dans la compréhension actuelle de l’Islam, croire en Dieu est interprété comme faire confiance à un pack religieux prêché par des érudits religieux locaux. Après avoir analysé les racines d’une telle interprétation dans toutes les religions, l’article montre que l’élément clé qui légitime l’incorporation de la confiance accordée à des érudits dans la pratique de l’Islam est de considérer l’Hadith comme un pilier de l’Islam. L’Islam actuel mélangé avec l’Hadith est devenu si compliqué que ça laisse un Musulman ordinaire sans réponse, sinon de chercher l’avis d’experts (ou d’érudits) de l’Hadith à propos de « ce que dit l’Islam ». L’obédience aveugle crée un potentiel pour les extrémistes : si l’érudit religieux est extrémiste, ceux qui le suivent aveuglément appliquent aussi l’extrémisme au nom de la religion.

Ensuite, dans l’article « L’Islam sans l’Hadith », nous dressons le pour et le contre de l’Hadith dans la pratique actuelle de l’Islam et nous démontrons qu’en éliminant l’Hadith, non seulement nous ne perdons aucune des valeurs islamiques fondamentales mais il nous est possible de redécouvrir l’Islam Simple, la religion qui nous guide vers rien d’autre que des actes raisonnables et beaux. Dans l’Islam Simple, libérée de la complexité de l’Hadith, il n’est fait aucune place pour que des érudits religieux conduisent ceux qui les suivent aveuglément à de tels incroyables crimes. Dans l’article « Portée » nous revisitons ensuite quelques uns des sujets controversés du Coran, tels que l’esclavage ou le droit des femmes, et observons un Coran très différent de ce que les érudits ont prêché pendant des années.

D’autres textes à retrouver ici : http://simpleislam.weebly.com/

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Notre-Dame de Lorette

Ce jour où j’ai décidé de fuir la capitale

Paris. C’était au tout début des années 2000. À l’époque, je bossais à deux pas de la station Notre-Dame de Lorette. Matin et soir j’arpentais les quais de cette station. Je me souviens de ce virage serré en sortie de station et de ces rames qui font hurler leurs roues sur l’acier usé des rails. De cette odeur particulière, mélange de crasse, d’humidité stagnante qu’on pourrait croire sortie d’une bouche d’égout cachée derrière un distributeur de friandises, de la pollution stagnante, réchauffée au rythme des rames qui marquent l’arrêt. De ce mauvais éclairage qui donnait encore plus sale mine aux visages tristes des parisiens, pas encore réveillés aux premières heures de la journée, aux traits tirés alors que la soirée n’a pas encore commencé. De ces attentes, parfois longues, ou personne ne se parle, station debout avant de disparaître par la première rame, dans le silence de la solitude. Silence brisé parfois par un sans domicile fixe, révolté contre cette société de merde qui ne le comprend plus, qui ne l’entend plus. Et il y a eu ce jour qui a ponctué la routine, ma routine, qui m’a définitivement marqué l’esprit, qui a influencé mon futur.

Ma journée de boulot et mes collègues étaient déjà derrière moi, je retrouvais l’atmosphère pesante de la ligne 12, prêt à affronter le flot abondant de voyageurs qui me rejoindraient à Saint-Lazarre pour filer, comme moi, vers le Sud de Paris. J’étais pressé de pouvoir m’enfermer dans ma bulle, dans le calme de mon appartement au 4ème étage de la rue de Vaugirard. Loin du tumulte de cette ville où airent des personnes tristes et fermées. Un début de soirée comme les autres. La routine, quoi.

Enfin le crissement d’une rame de métro dans l’obscurité du tunnel. Encore quelques instants puis les phrases, le conducteur, l’odeur de la rame qui m’enveloppe dans son courant d’air, le bruit des freins, celui des portes qui s’ouvrent. Répétitions inlassables du quotidien. Des voyageurs descendent et sort à quelques portes de moi un homme bedonnant, crasseux, la barde et les cheveux à l’abandon. La marche entre la voiture et le quai est devenue un obstacle infranchissable sous l’effet de l’alcool qui coule dans ses veines. Immanquablement, c’est la chute. Une lourde chute. La tête la première contre le sol enrobé de la station.

Les voyageurs qui, comme moi, attendaient sur le quai s’engouffrent dans la rame qui sonne déjà la fermeture des portes. Comme si rien ne s’était passé. Comme si cet homme allongé, hagard, à même le quai, était transparent. Comme s’il n’existait pas, comme s’il n’existait plus. Comme si ces hommes et ces femmes pressés refusaient qu’il puisse, ne serait-ce que quelques secondes, quelques minutes, venir troubler davantage leur petite existence bien réglée. Les quelques voyageurs qui étaient, eux, descendus avaient dû s’échanger le mot en croisant ceux qui montaient, prêtant un regard curieux et distant à cette forme allongée. Des bruits de pas pressés, le bruit de la rame déjà en mouvement et déjà presque plus personne dans la station.

L’homme reprend tant bien que mal ce qui lui reste d’esprit, à quelques centimètres du bord du quai. Une situation périlleuse où un mauvais mouvement aurait pu le faire basculer définitivement sur les rails électrifiés du métro et mettre un terme prématuré à sa triste existence dans l’indifférence la plus totale. Finalement une femme restée sur le quai va vers lui, je la rejoins. Nous mettons l’homme en sécurité, à distance raisonnable de la bordure du quai. Il a une plaie rouge vif qui coule sur le front et une perle de sang à la lèvre. Le chef de station est appelé et prend le relais. Les secours arrivent et emmènent l’homme.  Je suis abasourdi par tant d’indifférence.

La suite, je ne m’en souviens plus vraiment. Choqué par l’égoïsme de tous ces anonymes dont l’inaction aurait pu coûter une vie, celle d’un être humain, j’ai finalement attrapé une rame pour rentrer chez moi, redevenir anonyme comme les autres. C’est ce soir là que j’ai décidé que, définitivement, il me fallait quitter Paris. Quitter les parisiens. Fuir loin de cette zone à l’humanité sinistrée.

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